Consultation et information

Consultation du CSE : quels délais, quelles informations, et que faire si elles ne sont pas effectuées par l’employeur

Le CSE dispose d’un mois pour rendre son avis, deux en cas d’expertise, trois lorsque plusieurs expertises interviennent au niveau central et dans les établissements. À l’expiration du délai, l’avis est réputé rendu — et négatif — même si vous n’avez jamais reçu les documents. Lorsque l’information est insuffisante, le comité peut saisir le président du tribunal judiciaire, qui statue dans un délai d'huit jours.

Les délais, et ce qui les déclenche

Situation Délai
Consultation ordinaire 1 mois
Intervention d’un expert 2 mois
Expertise(s) au niveau du CSE central et des établissements 3 mois

Ces délais courent à compter de la communication des informations par l’employeur, ou de leur mise à disposition dans la base de données économiques, sociales et environnementales.

Lorsque le comité central et des comités d’établissement sont consultés sur le même sujet, chaque comité d’établissement doit transmettre son avis au comité central au plus tard sept jours avant l’expiration du délai. À défaut, son avis est réputé négatif.

À l’expiration du délai, l’avis est réputé rendu et négatif. Un avis négatif du CSE n’est pas un droit de veto : il ne fait pas obstacle à la mise en place de la décision de l’employeur. Ce que le comité perd, en laissant passer le délai, ce n’est donc pas un droit de blocage — mais la possibilité d’emmètre des réserves au projet, d’obtenir des réponses précises de l’employeur sur le projet, et ainsi de constituer le cas échéant des éléments d’une contestation ultérieure.

Les trois consultations récurrentes

Au-delà des consultations ponctuelles liées aux projets, le comité est consulté chaque année (sauf accord collectifs contraires) sur trois blocs :

  • Les orientations stratégiques de l’entreprise
    Et leurs conséquences sur l’activité, l’emploi et les compétences.
  • La situation économique et financière
  • La politique sociale, les conditions de travail et l’emploi

Chacune ouvre droit à une expertise, et les deux dernières sont financées intégralement par l’employeur. Un comité qui ne se saisit pas de ces trois rendez-vous se prive de la seule occasion annuelle d’obtenir une lecture experte et indépendante des comptes de l’entreprise.

Quand l’information donnée par l’employeur est insuffisante

C’est la situation la plus fréquente, et la plus mal traitée. Le CSE reçoit un document lacunaire sur un projet ou sur les données permettant de rendre son avis.

La loi ouvre une voie précise : le comité qui estime ne pas disposer d’éléments suffisants peut saisir le président du tribunal judiciaire, statuant selon la procédure accélérée au fond, pour qu’il ordonne la communication des éléments manquants. Le juge statue, en théorie, dans un délai d'huit jours (article L. 2312-15).

Deux précisions décisives. D’une part, cette saisine ne prolonge pas, en elle-même, le délai de consultation : croire le contraire est l’erreur la plus coûteuse en la matière. D’autre part, en cas de difficultés particulières d’accès aux informations, le juge peut décider de prolonger le délai — mais il faut le lui demander, et le démontrer.

Ce qu’il faut faire, dans l’ordre


Datez le point de départ

Notez la date exacte de mise à disposition des documents et faites-la acter au procès-verbal. Le délai pour rendre votre avis se calcule à partir de cette date.

Formalisez ce qui manque

Une liste écrite, précise, adressée à l’employeur, avec un délai de réponse. Par exemple :« Les documents mis à notre disposition sont lacunaires pour rendre un avis, nous souhaitons avoir communication sans délai des documents/ précisions suivantes… »

Décidez tôt

Décidez rapidement de la mise en œuvre d’une expertise et/ou d’un recours au juge pour communication des documents, quitte à convoquer rapidement pour cela une réunion exceptionnelle.

Motivez votre avis

Un avis négatif motivé, qui expose point par point ce qui n’a pas été communiqué, ou les réserves du CSE est une pièce autrement plus intéressante et exploitable qu’un avis négatif rendu sans explication.

Questions fréquentes

Le délai pour rendre un avis court-il si les documents communiqués par l’employeur sont incomplets ?

Les documents fournis par l’employeur doivent vous permettre de rendre un avis éclairé. A défaut, par sécurité notez les délais pour rendre un avis, votez une expertise pour allonger les délais et saisissez rapidement le juge pour communication des documents requis en lui demandant une prolongation des délais.

Peut-on refuser de rendre un avis ?

Vous pouvez ne pas voter, mais cela n’empêche rien : à l’expiration du délai, l’avis est réputé rendu et négatif. Un avis négatif motivé est plus utile qu’une absence d’avis.

La BDESE peut-elle remplacer la remise des documents ?

Oui, la mise à disposition dans la base vaut communication et fait courir le délai, en fonction de la consultation requise. D’où l’intérêt de consulter la base régulièrement et de dater vos consultations, plutôt que d’attendre un envoi.

Un accord peut-il modifier ces délais ?

Un accord d’entreprise peut aménager les délais et l’organisation des consultations. Vérifiez toujours si votre entreprise en a conclu un : les délais réglementaires ne s’appliquent qu’à défaut.

L’employeur doit-il répondre à notre avis ?

Oui. Il doit rendre compte, en la motivant, de la suite donnée aux avis et vœux du comité. C’est une obligation dont l’inexécution se constate et s’invoque.

Parler de votre situation

Si une consultation est en cours et que les documents manquent, le temps joue contre vous : un premier échange rapide permet de savoir s’il faut saisir le juge et sous quel délai.

Aude Simorre avocat

123 Boulevard BESSIERES
75017 Paris
France

01 83 94 58 83