HARCELEMENT MORAL COMMIS PAR UN FONCTIONNAIRE SUR LES SALARIES DU SOUS TRAITANT : L’EMPLOYEUR EST RESPONSABLE


Décision commentée : Cour d’Appel de Paris, RG n°22/06840, 10 juin 2025 

 

Dans les domaines de la sécurité privée, des prestations de ménages, des hôtes et hôtesses d’accueil et bien d’autres le recours à la sous traitance est quasi systématique.

 

Or l’employeur des salariés dans ces domaines défausse systématiquement sa responsabilité sur le client. Ainsi en cas de décision arbitraire du client à l’égard des salariés on leur répondra que : « C’est une décision du client » ou encore « nous n’avons pas choix, sinon nous perdons le marché ». 

 

Pire, en cas de harcelement moral par une personne employée par le client, la société sous-traitante répondra à ses salariés « on ne peut rien faire ».

 

Cette réponse est d’autant plus classique lorsqu’il s’agit de marché public comme dans le cas d’espèce. 

 

1. Le harcelement moral commis par une personne même externe à la société engage la responsabilité de l’employeur

 

Dans le cas jugé dans la décision visée, le client de l’employeur est l’APHP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris) dont les agents sont des fonctionnaires

 

En l’espèce, le fonctionnaire en charge de gérer le marché des agents de sécurité harcèle les salariés de la société sous-traitante. En toute impunité.

 

L’employeur à savoir la société de sécurité privée indique qu’elle a alerté l’APHP mais que cette dernière n’a rien fait et qu’elle ne peut donc être tenue pour responsable des faits commis par une personne externe à ses services.

 

La Cour d’appel de Paris rappelle au contraire que le harcèlement moral, même commis par une personne externe, engage la responsabilité de l’employeur.

 

2. Une condamnation pour harcèlement moral obtenue sur la base de quatre pièces

 

En matière de harcèlement moral, on rappellera la charge de la preuve est aménagée et que le salarié doit apporter la preuve de faits qui, pris dans leur ensemble, laisse à supposer l’existence d’un harcèlement moral.

 

En l’espèce, le salarié apportait quatre documents et c’est sur la base de ces seuls quatre documents que la société a été condamnée : 

 

  1. Une pétition des salariés de la société sous-traitante contre le fonctionnaire harcelant ; 
  2. Un courrier du salarié dénonçant à nouveau être l’objet de harcelement par ledit fonctionnaire ; 
  3. Un compte rendu de réunion entre la société sous-traitante et l’APHP concernant les accusations de harcelement ; 
  4. Un courriel de l’employeur à l’APHP indiquant que les agents sur le site étaient « psychologiquement à bout » ; 

 

Sur la base de ces seuls quatre documents, la Cour condamne en suivant scrupuleusement la jurisprudence applicable en la matière. 

 

Le salarié apporte par ces quatre documents la preuve de faits qui, pris dans leur ensemble laisse à supposer l’existence d’un harcèlement moral.

 

L’employeur quant à lui n’apporte pas la preuve contraire puisqu’il se contente d’indiquer que la personne est externe à ses services. 

 

La Cour d’Appel en conclut en toute logique que le licenciement du salarié victime de harcèlement moral est nul. 

 

Vous êtes dans un cas similaire ? contactez-nous ! Aude Simorre, avocate en droit du travail, Paris, clichy, harcèlement moral, société sous-traitante, fonctionnaire, sécurité privée.

 


Lire les commentaires (0)

Articles similaires


Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Derniers articles

Immobilier : un marché qui tient encore… mais qui s’essouffle nettement

Immobilier : un marché qui tient encore… mais qui s’essouffle nettement

22 Avr 2026

Le baromètre LPI-iad de novembre 2025 confirme un paradoxe désormais bien ancré dans le paysage immobilier français : les prix continuent de progresser malg...

Épargne : les Français mettent de côté, mais laissent  leur argent dormir

Épargne : les Français mettent de côté, mais laissent leur argent dormir

21 Avr 2026

Les Français restent parmi les plus gros épargnants d’Europe, voire au-delà. Mais cette puissance financière collective masque une faiblesse plus discrète :...

Réclamations bancaires et assurances : des délais plus courts, une information encore trop floue

Réclamations bancaires et assurances : des délais plus courts, une information encore trop floue

21 Avr 2026

L’ACPR constate des progrès dans le traitement des réclamations adressées aux banques et aux assureurs. Les dispositifs ont été simplifiés, les réponses arr...

Catégories